Quelqu’un qui se leva heurta du pied une tasse de thé, et cela fit autant de fracas pour les oreilles sensibles des fumeurs que si un quartier de Paris avait sauté.

— Cette lumière me fait mal aux yeux, dit Jacqueline.

Le poète Jean Noël attira le plateau à lui, et il souffla sur la lampe comme on souffle sur son bonheur.

LA PSYCHOLOGIE DES LETTRES

Jacqueline reçoit des lettres de Marco. Elle se plaint de n’en pas recevoir un assez grand nombre, mais enfin elle en reçoit. Elle me consulte sur la portée, le sens amoureux des phrases qu’elles contiennent. Je tiens à lui faire plaisir et je m’efforce d’être un commentateur favorable de textes souvent arides.

« Barbas, mon adjudant, est décidément un homme charmant. Nous avons pris l’apéritif, puis dîné ensemble hier… Barbas m’a assuré que nous quitterions le dépôt la semaine prochaine… Je suis très content d’être l’ami de Barbas… J’espère qu’après la guerre tu feras la connaissance de Barbas… »

Cette dernière phrase surtout me sert d’argument.

Une des caractéristiques de l’amour est de vouloir que tous les êtres qui vous sont chers soient réunis par une affection commune. Marco a une nouvelle et grande amitié, celle de l’adjudant Barbas. Puisqu’il voudrait que Jacqueline connaisse Barbas, c’est qu’il aime Jacqueline.

Oui, mais pourquoi les lettres de Marco ne sont-elles pas pleines des marques de tendresse qu’elles renfermaient autrefois ?

Je m’efforce de démontrer que l’âme de Marco suit une évolution à peu près générale chez les jeunes gens dont la guerre a changé brusquement le mode de vivre.