Que de souvenirs il y a dans la fumée des Pall Mall !

— Vous rappelez-vous la scène à propos de la lettre de son ancienne maîtresse ? Et le restaurant de la rue des Martyrs ? Et le soir, où, au cirque Médrano Gugusse me jeta du sable ? Et Lily’s bar ? Et l’ingénieur qui me fit cadeau d’une lampe électrique de poche ?

Sans doute les volutes bleues des Pall Mall précisent davantage cette image dernière, où bien la lampe électrique de poche rappelle-t-elle des souvenirs plus intimes et plus doux, car il y à une légère buée dans les yeux de Jacqueline.

— Marco ne fume que des Pall Mall, reprend-elle, aussi je n’aime que ces cigarettes. Croyez-vous qu’il puisse en trouver à Albi ?

— Cette marque est très répandue et assurément…

— Si à cette minute même il fume aussi des Pall Mall et s’il regarde comme moi la fumée qui monte, n’est-ce pas qu’il doit être forcé de penser aux mêmes choses ?

— Jacqueline, sur quoi basez-vous cette espérance ?

— Sur rien. Mais je crois fermement que nos esprits communiquent à travers l’espace par la fumée des Pall Mall. Aussi je fume malgré que le tabac m’enroue et que je n’en aime guère le goût.

Et Jean Noël s’émerveilla et il dit :

— Il est vain de plaindre les femmes quand elles souffrent d’être séparées de ceux qu’elles aiment, parce qu’elles ont des consolations inattendues et secrètes qui ne sont accessibles qu’à leurs cœurs légers.