— Il fait froid… J’ai mal à la tête… Partons… J’étais en danseuse de papier, multicolore et bariolée, et Marco plaisantait :
— J’ai envie de te faire flamber comme une allumette, pour égayer cette morne soirée.
La soirée était follement gaie et j’avais forcé Marco à danser. Puis nous fûmes un peu gris. Puis, nous rentrâmes. Il pleuvait. Il n’y avait pas de voiture. Le papier de mon tutu était dans un état lamentable. Nous étions mouillés jusqu’aux os. Un petit jour triste se levait quand nous arrivâmes à ma porte. Je grelottais. Marco me dit :
— Je te réchaufferai en te prenant dans mes bras.
Et aussitôt la pluie, les becs de gaz clignotants, la lumière désolée du jour, le décor de cinq heures du matin, où traînent les laitiers, tout devint pour moi une splendide aurore.
Et Jacqueline regarda cette aurore où passaient des masques de toutes couleurs, dans le plafond, parmi la fumée lumineuse.
— Encore une Pall Mall, Jacqueline ?
— Vous rappelez-vous la fête de Neuilly, et les chevaux de bois, et la discussion qui s’éleva entre Marco et moi parce qu’il ne voulait plus que j’y monte ? Il prétendait qu’il y avait un monsieur qui restait là, à cause de moi, pour voir ma jambe au passage, et que je faisais exprès de relever un peu ma robe. C’était le temps béni où il était jaloux. Et je montai sur les chevaux de bois tout de même, et le monsieur resta là, et Marco, à cause de vous, n’osa pas laisser éclater toute sa jalousie. Et il répétait après :
— Ce que je m’en moque, en somme, moi, qu’un monsieur regarde ta jambe !
Mais ensuite en rentrant il me serrait le bras si tendrement ! Et le soir, il m’avoua qu’il avait souffert à cause du monsieur inconnu que je n’avais même pas regardé.