Quand il vit ces deux hommes et le troupeau de moutons qui s’en venaient à sa rencontre, il arrêta sa musique, hésita, puis, rassuré sans doute par l’air abattu et fatigué du blessé et de son compagnon, il jeta ses instruments et cria :

— A nous ! A nous ! Camarades, sus aux moutons ! Sus aux patauds !

Quelques soldats objectèrent que le plus grand des deux devait être un officier, et qu’il y allait de la corde dans une pareille affaire. Mais les autres poussèrent de l’avant en répétant le cri : « Aux moutons ! Sus aux patauds ! Pendus ! Pendus ! »

Si rapide que fût l’attaque de cette canaille, M. d’Oultry avait été encore plus vif à se mettre en défense.

L’épée nue pendue à son poignet droit par la bricole de cuir, il tenait un pistolet de chaque main. Foudroyés à bout portant, les deux premiers assaillants s’abattirent la face contre terre. L’homme au chaudron, qui n’avait qu’une épée courte, reçut la lame espagnole dans l’aine et glissa dans son sang. Mais M. d’Oultry, serré de près, dut rompre. Dix épées menaçaient sa poitrine. Et, chose plus dangereuse, les autres bandits préparaient leurs mousquets, qui, heureusement, n’étaient pas encore chargés, et se passaient le feu pour les mèches.

Sans marchander sa personne, Nicolas se rua sur ces mousquetaires et avec tant d’à-propos qu’avec sa large épée wallonne il en porta trois par terre, la tête fendue. Mais un coup de crosse qu’il reçut sur la tempe l’envoya rouler, à demi assommé, contre le remblai du chemin. Douze poignets le serrèrent à la gorge, tandis que M. d’Oultry, blessé au bras, tombait à son tour aux mains de l’ennemi.

— Pendez-les, et en deux temps ! commanda un drôle dont le feutre fendu en trois endroits s’étalait à l’image des ailes d’un moulin. — Et nous, aux moutons !

Tranquillement, un malandrin prépara deux cordes, des quatre qu’il avait à sa ceinture, cependant qu’on arrachait les habits à M. d’Oultry et à Nicolas.

VIII

Mais voici que les moutons, comme pris de panique, se ruèrent dans le chemin creux, renversant tout sur leur passage et aussi les bandouliers qui avaient essayé de les diriger. Ces braves, remis sur pied, quand la trombe fut passée, trouvèrent une autre besogne. Un gros de cavaliers, derrière les moutons, occupait la route encaissée, et M. d’Oultry criait :