Nicolas prit place à une longue table. Des deux côtés, une vingtaine de domestiques se coudoyaient sur des bancs. Un petit moine mendiant occupait le haut bout ; sa besace pleine reposait entre ses pieds. Les manches de son froc brun étaient si vastes que, lorsqu’il levait le bras pour porter la cuiller à sa bouche après avoir modestement puisé à l’écuelle d’étain, ce bras apparaissait dans sa nudité pour la plus grande édification de chacun. Et l’on ne savait ce qu’il fallait le plus admirer, de la simplicité de ce capucin, de sa barbe noire étalée en nappe sur sa poitrine, ou de son bon appétit.

Mais Nicolas retint pour lui une grande part de cette admiration. Depuis longtemps le pauvret ne s’était trouvé devant un pareil plat, où les choux, les saucisses et le lard franc se trouvaient alliés par quantités égales. M. Florimond lui-même en demeura stupéfait. Et pourtant ce laquais était fameux à juste titre pour la façon aisée dont il expédiait une miche de pain de deux livres avec un quartier de bœuf fumé, à son souper, sans compter le fromage et le fruit.

Poussant le coude du moine, Florimond opina :

— On nous dit, mon père, que les bons appétits font les bonnes consciences. Je serais fort surpris que ce petit garçon ne soit pas homme de bien.

Et le capucin répondit en repiquant au plat et la bouche pleine :

— Ita est, fili.

Ce qu’entendant, Magloire se crut obligé de protester.

— Non point, s’il vous plaît, mon père ! Ce n’est pas fini !… Le fromage de Bézons arrive. Ne voyez-vous pas cette aimable Marion qui l’apporte sur un beau plateau de bois ?

Et, se tournant vers Nicolas, Magloire continua :

— Ce petit compagnon ne se fera pas prier pour en expédier un quartier.