Quatre fois, les drapeaux unis furent amenés en des crépuscules de gloire. Mais le cinquième couchant, sombre et venteux, remplit d’inquiétude MM. de Kerjan, de Cogoulin et Gabaret.
La nuit fut diabolique ; un cyclone y tourbillonna. La houle hurlante houspilla les navires, pleins de craquements et de clameurs ; et les capitaines s’avouèrent vaincus.
Toute manœuvre étant impossible, tout commandement eût été dérisoire.
M. de Kerjan pria.
M. de Cogoulin prisa.
M. Gabaret jura.
Et ils attendirent la fortune, chacun sur sa dunette.
Jamais leurs yeux n’eurent moins de travail et leurs oreilles plus d’ouvrage, tant il y avait de vacarme dans cette obscurité. Parfois, cependant, la foudre illuminait brusquement le désordre, et laissait aux prunelles la persistance d’une vision si brève, que l’agitation n’avait pas eu le temps de s’y marquer. La mer paraissait alors une chaîne de montagnes étincelantes, où des vaisseaux, tantôt ruants et tantôt cabrés, couronnaient quelque cime ou jonchaient quelque vallée. Et ce spectacle, immobile à force d’être instantané, suggérait à M. de Kerjan qu’après tout, les montagnes ne sont qu’une énorme statue de l’océan.
M. de Cogoulin, lui, songeait au calme nocturne de Paris et du Marais, au milieu de quoi, dans l’hôtel de Cogoulin, chaude et silencieuse dormait sa chambre.
M. Gabaret jurait toujours.