Mais, comme le canot, en contournant la Sirène, passait en vue du rivage :
— Sangdieu ! — s’exclama M. Gabaret. — Quel est ce Bucentaure ? et que fait le Doge par ici ?…
Une chaloupe venait à eux, laissant traîner dans l’eau, assez vainement, des tapis multicolores. Les rameurs portaient livrée et cadençaient l’aviron fort proprement. Sous le tendelet, un personnage de belle mine était assis. M. de Cogoulin remarqua son costume rose et miroitant : « Voilà cinq ans, pensa-t-il, cet habit-là eût été de suprême élégance. Il est singulier qu’un homme aussi bien mis le soit à l’ancienne mode… Mais, je reconnais ce nez-là !… Eh oui ! c’est Chambanne !… »
L’autre s’avançait toujours. Quand il fut assez près :
— Messieurs, — dit-il en saluant, — permettez-moi de… Ah ! Cogoulin ! Cogoulin céans ! Quel heureux sort !… Accostez donc, vous autres !
Et il sauta légèrement sur le canot, en s’aidant d’une longue canne.
M. de Cogoulin lui présenta les deux capitaines, et dit :
— J’aurais bien juré que vous étiez dans votre baronnie du Nivernais…
— Le Roi, — repartit M. de Chambanne, — a bien voulu ne pas imposer à ma disgrâce une résidence forcée. J’habite là, sur les biens du duc de Sorrente, à qui mes noces m’ont apparenté. Je loge au milieu de ces ruines, dans une maison à l’antique, bâtie sur des plans spéciaux d’après les décombres eux-mêmes. On l’aperçoit d’ici… dans les cyprès, là… au bout de ma canne. — J’ai vu de ma fenêtre vos ennuis, dont je me suis affligé, et votre pavillon, qui me les a fait déplorer davantage…
— Bagatelle, — dit M. Gabaret ; — le mal est insignifiant.