Aux murs de la chambre, sur un fond rouge sombre, des fresques faisaient gambader quelques farandoles antiques — frises profanes et sacrées — en des postures oubliées ; les jambes nues des danseuses battaient des cadences perdues ; on les regardait sans comprendre. Au dire de M. de Chambanne, c’étaient là des imitations exactes, copiées dans le palais de Tibère. M. de Kerjan les loua sans réserve.
— Pourquoi faut-il que ces danses nous soient à jamais étrangères ? — dit-il, — et quel ennui d’ignorer toujours la mélodie que, pour les scander, ces joueuses de flûte, muselées du bâillon, tiraient de leur double flageolet !
Mme de Chambanne lui répondit que chaque ballerine de la peinture accomplissait un temps différent de la même courante, laquelle devenait, par cela même, facile à reconstituer.
— Pour la musique, — ajouta-t-elle, — n’est-il point aisé de l’imaginer, si l’on connaît le pas qu’elle devait solliciter ? C’est, bonnement, découvrir la cause par l’effet. Écoutez…
Elle fit un signe.
Alors, le son d’un chalumeau s’éleva du jardin. Il geignait une mélopée d’Orient que, bizarrement, rythmaient un tambourin à crotales et des sistres.
M. Gabaret fit la moue.
L’amphytrion avoua que tout ceci — maison, fresques et concert — était l’œuvre de la baronne, entichée des choses anéanties et de leur résurrection.
— Pour moi, messieurs, j’en profite en paresseux, mais je confesse que cette architecture me fait oublier celle de M. Mansard… Et, — dit-il en montrant l’océan, — voici les grandes eaux de Dieu qui valent bien celles de Versailles !
M. de Kerjan écoutait la flûte en regardant les frises. Quand le morceau se fut terminé sur une plainte évasive et un ronflement épuisé, il complimenta Mme de Chambanne, et la trouva plus jolie qu’au prime abord. En vérité, cette petite précieuse avait les yeux d’une déesse, de larges yeux, des yeux limpides, qui semblaient toujours en contemplation devant une mer immense et calme.