—Elle hésite à nous laisser venir avec elle. Dis-lui que tu le veux; elle le voudra.
—La crois-tu donc si obéissante?
—Elle est ton esclave. Tu prendras les vêtements et les armes de l'un de mes mameluks. Tu parles assez bien l'arabe à présent pour tromper l'oreille la plus soupçonneuse. Nous nous joindrons aux psylles et aux almées. Nous avons trois jours de marche dans le désert. Arrivés là-bas, nous nous ferons passer pour des mameluks d'Hassan. Allah seul sait le reste.
—Avant tout, je dois parler à Tomadhyr.
—Parle-lui.
—Je la mandai sur-le-champ et lui reprochai de ne m'avoir rien dit de son prochain départ.
—Tu dois bien comprendre, dit-elle, que je ne suis pas assez folle pour croire que, lorsque tu auras revu Djémilé, tu voudras encore me regarder. Je sais bien qu'elle était dans la maison avant moi et qu'elle est ta khanoune, tandis que je ne suis que ton odaleuk; mais je t'aime plus qu'elle ne t'aime!
—Puisqu'elle est ma khanoune, je ne puis la laisser marier avec un autre, il faut que j'aille la réclamer.
—C'est ton droit et ton devoir, je le sais. Tu ne serais pas un homme si tu te la laissais enlever, et, à présent que tu sais où elle est, je n'ai rien à dire; mais je serai jalouse d'elle, je ne te le cache pas. Tu veux que je t'aide dans ton entreprise. Viens! Mais c'est la plus grande preuve de reconnaissance que je puisse te donner. Après cela, ne me demande plus rien.
J'obtins de mon général la permission de m'absenter pendant une quinzaine, donnant pour prétexte une tournée scientifique avec Morin. Comme il fallait tout prévoir, dans le cas où je serais retenu prisonnier, je confiai sous le sceau du secret à mon ami le dessinateur le but de mon voyage. Je lui confiai aussi mon testament et une lettre d'adieux à mon père, dans le cas où j'aurais la tête tranchée.