—Tu veux tuer le bey?

—J'y suis résolu et tu vas m'aider.

—Mais il est le père de celle qui doit être ma compagne.

—Souviens-toi de la promesse que tu m'as faite quand je t'ai sauvé la vie à Medinet-Abou. Tu étais encore étourdi du coup de sabre que t'avait porté celui que tu voudrais respecter aujourd'hui; mais aujourd'hui, moi, je te somme de tenir ta parole.

—Et comment approcher de Mourad au milieu de ses gardes!

—Je puis bien dire tout haut devant cette sorcière ce qu'elle lit dans ma pensée. J'espère qu'elle sera muette comme ce tombeau. Écoute: Demain quand Mourad et Hassan se rendront à la mosquée, nous nous mêlerons au cortége, tu frapperas le sherif en même temps que je casserai la tête du bey des beys, d'un coup de pistolet. Il mourra de la mort qu'il a donnée à mon père Aly pour lui voler Sitty-Nefyssèh, ma mère.

—Quoi! m'écriai-je, tu es le fils de Sitty-Nefyssèh, le frère de Djémilé par conséquent? Pourquoi ni elle, ni toi ne m'en avez-vous jamais rien dit? Et toi, Tomadhyr, le savais-tu?

—Je l'ignorais, répondit-elle.

Malek reprit:

—Djémilé ne me connaît pas. J'avais dix ans et j'étais exilé depuis longtemps quand elle est née. Pour moi, je ne considère pas comme ma sœur la fille de l'assassin de mon père.