—Vous n'en savez rien encore, mademoiselle de Cérignan.

—Pardon, je vous connais beaucoup et depuis longtemps.

—Comment cela?

—Quand vous étiez à Arras, vous avez sauvé de la guillotine une parente à moi[B], mon amie intime, et vous avez failli monter sur l'échafaud à sa place. Elle m'a parlé de vous avec une vive reconnaissance. Ces choses-là ne s'oublient pas, monsieur de Coulanges, pardon, monsieur Haudouin! Croyez bien que les familles nobles ne sont pas toutes vouées à l'ingratitude.

Elle me paraissait très-émue; mais elle changea aussitôt de sujet pour me demander si Louis m'avait parlé. Je lui rapportai les trois mots qu'il m'avait adressés.

—Mon pauvre frère, dit-elle avec un soupir, et non mon fils, je vous prie de le croire, s'ennuie partout, cela tient à son état maladif. J'espère que le climat de l'Égypte lui fera du bien.

—Vous allez en Égypte dans ce seul but?

—Sans doute! Devant le dépérissement de cet enfant et d'après le conseil des médecins, mon père n'a pas hésité à demander à être adjoint à l'expédition en qualité d'administrateur.

—Mais vous ne suivrez pas l'armée au milieu des dangers de toutes sortes qu'elle va affronter? Monsieur votre père n'est plus d'un âge...

—Vous voulez dire qu'il est vieux? Ah! il s'en plaint assez! mais il n'est pas nécessaire qu'il s'expose aux coups et aux fatigues, il restera dans les bureaux.