—Excusez-moi, mademoiselle, ma langue a fourché; après tout, il est permis de se tromper; votre tendresse, votre sollicitude pour cet enfant sont celles d'une mère.
—Moi sa mère! c'est insensé! J'ai vingt-deux ans, et il en a treize! Vous êtes donc myope, monsieur de Coulonges?
—Pardon, j'y vois très clair, dis-je en la regardant en face.
—Et que voyez-vous? reprit-elle en soutenant mon regard sans le moindre embarras.
—Je vois que vous avez de doux yeux et que vous avez tort de les tenir si souvent baissés. Votre bouche est un chef-d'œuvre quand vous souriez ainsi, avec ces petites fossettes aux joues. Vous avez les plus beaux cheveux blonds que j'aie jamais vus.
—Vous êtes galant, monsieur de Coulanges, dit-elle en souriant.
—Pourquoi m'appelez-vous de Coulanges?
—J'ai ouï dire que votre mère était noble.
—Mais mon père Haudouin ne l'est pas. Il m'a donné les deux noms; je ne les sépare jamais.
—Vous avez bien peur qu'on vous prenne pour un ci-devant! Vous êtes un républicain obstiné, je sais cela; mais vous n'en êtes pas moins un homme de cœur.