Après un quart d'heure, il bâilla et me demanda à voir mes chevaux; quand ce fut fait, il voulut aller se promener dans la caserne. En voyant mes dragons, il me manifesta son désir d'être soldat un jour. De retour à la maison il demanda à Guidamour de lui apprendre à faire l'exercice; puis il alla taquiner la petite fellahine en lui dérangeant ses échafaudages de pâtisserie et il se pâmait de rire devant les impatiences de cette fille. Djémilé, qui n'était guère moins enfant que lui, s'en mêla et la maison fut bientôt sens dessus dessous. Elle finit par en faire sa poupée et l'habilla en odalisque.
On annonça en ce moment mademoiselle de Cérignan. Louis, pris de terreur, demanda à Djémilé de le cacher, et ils s'enfuirent dans le harem.
J'allai au-devant d'Olympe, qui me demanda avec inquiétude si son frère était chez moi.
—Tranquillisez-vous, lui dis-je, il est ici.
—Ah! quel enfant terrible! comme il m'a fait peur!
—Vous craignez qu'on ne vous l'enlève?
—Sans doute! dit-elle imprudemment; puis se reprenant: un enfant qui ne sait ni ce qu'il fait, ni ce qu'il dit, peut suivre le premier venu.
Après l'avoir priée de s'asseoir:
—Voyons, mademoiselle de Cérignan, cessez de feindre avec moi. Louis n'est pas plus fou qu'il n'est votre frère. Je ne sais s'il est réellement le Dauphin; mais c'est un enfant aimable et bon que vous tenez trop sévèrement et que vous ennuyez. Tant pis, le mot est lâché!
—Il vous a dit que je l'ennuyais? dit-elle en se redressant.