—Voilà ta folie qui te reprend? Allons viens déjeuner; mais que votre majesté daigne au moins garder l'incognito.
—Oh! sois tranquille, je suis prudent, dit-il d'un air grave.
Je l'emmenai dans la salle à manger où Djémilé m'attendait. Ce jour-là elle était vêtue d'or et de soie, elle avait son tarbouch d'émeraudes et ses colliers de perles. Elle savait déjà assez de français pour se faire comprendre.
Quand je lui eus présenté Louis comme le fils de l'un de mes amis, elle le fit asseoir près d'elle et lui demanda quel âge il avait. Puis elle me dit qu'il était joli et qu'il ressemblait à une fille. Lui ouvrait de grands yeux et la regardait avec admiration. Puis il toucha du bout du doigt, et d'un air craintif, ses vêtements, ses colliers, ses cheveux et ses mains.
—C'est une fée! lui dis-je en riant; prends garde de la faire envoler.
—J'en serais bien fâché, dit-il; et s'adressant à Djémilé: Voulez-vous que je vous embrasse, madame la fée? Elle y consentit sans façons.
Pendant le déjeuner, cet enfant se montra très-sensé; s'il n'était ni très-instruit ni très-intelligent, il était au moins affectueux et plein de bons sentiments. En sortant de table, qu'il fût fils de roi ou non, il avait gagné mon affection.
Pour venir me voir, il avait profité d'une visite que mademoiselle de Cérignan était allée rendre, et, quand je lui parlai de le reconduire, il me dit:
—Laisse-moi passer avec toi tout le temps que je pourrai. Si la Cérignan est inquiète de moi, elle viendra bien me chercher ici. J'ai dit au juif où j'allais.
Je le laissai libre de faire ce qui lui plairait. Djémilé lui proposa de jouer au mangallah, espèce de jeu de trictrac très à la mode en Orient.