En novembre l'infatigable Mourad reparut dans le Fayoum et Desaix marcha contre lui avec deux colonnes mobiles composées de cavalerie, d'artillerie et d'infanterie montée sur des dromadaires. Dans la crainte qu'il ne vînt encore me ravir sa fille, je fis faire bonne garde autour de ma maison.
Je n'avais pas revu mademoiselle de Cérignan, je n'en avais même pas de nouvelles par son propriétaire juif, quand, un matin, j'aperçus Louis rôdant autour de ma maison. Il avait beaucoup grandi et semblait mieux portant.
—Où vas-tu ainsi tout seul, petit Louis?
—Je venais chez toi, dit-il en accourant se jeter dans mes bras; il y a plus de huit mois que je ne t'ai vu! Veux-tu que je déjeune avec toi?
—Avec plaisir; mais tu seras raisonnable?
—Est-ce que je ne le suis pas toujours?
—Ce n'est pas ce que dit ta sœur.
—Elle prétend me faire passer pour aliéné, dit-il en haussant les épaules. Je lui pardonne ce mensonge. C'est à bonne intention, pour ne pas donner l'éveil sur mon secret; mais, à force de prudence et de soins, elle en est arrivée à me devenir insupportable. Elle m'ennuie!
—Ce que tu dis là serait odieux si tu en sentais la portée. Ta sœur...
—Ne l'appelle donc pas ma sœur. Cela me rappelle madame Royale et me fait de la peine!