—Quel prince? il y en a beaucoup!
—Je n'ai pu en savoir plus long. Je devinais bien qu'il apportait de l'argent. Je craignais de n'être pas payé, car vous étiez parti, et je l'ai introduit chez la dame française. Alors je suis monté sur ma terrasse, d'où je pouvais entendre leur conversation. Je sais assez de français pour comprendre.
—Très-bien, et qu'as-tu entendu?
—Oh! bien des choses, car il est resté ce jour-là plus d'une heure. Le petit garçon avait été envoyé au lit tout de suite après souper. Le mylord n'était donc pas gêné par sa présence. Il a d'abord dit à la dame qu'elle demandait trop souvent de l'argent à la famille, et que celui qu'il apportait était tout ce dont on avait pu disposer. Elle se récria sur l'exiguïté de la somme; à quoi l'Anglais répondit qu'il était prêt à lui donner tout ce qu'elle demanderait si elle consentait à le suivre. Enfin, il lui proposa de l'acheter comme on achète une esclave au bazar; mais il voulait le petit garçon par-dessus le marché.
—Et qu'a répondu la Française?
—Elle s'est fâchée très-fort, lui a dit qu'il était l'ennemi de son pays, que jamais elle ne vendrait l'enfant qui lui était confié, et qu'il était un misérable et un insolent. Alors l'Anglais lui a parlé plus poliment; il lui a proposé d'être son mari.
—A-t-elle accepté?
—Elle n'a dit ni oui ni non. Elle a fait une de ces réponses comme les femmes en font quand elles ont besoin des gens qu'elles n'aiment pas. Enfin, il est parti en disant qu'il reviendrait; mais il n'est pas revenu, et la dame française n'a plus reçu d'argent. Je crois qu'elle n'a plus rien.
Je payai largement ce rapport et je me retirai, cherchant à pénétrer les motifs de la fuite d'Olympe. Sans doute elle était à bout de ressources, et, ne voulant pas en accepter de moi pour son compte, elle me confiait le prince, sachant qu'il était en sûreté sous la garde de mon honneur et qu'il ne manquerait de rien chez moi. Il n'était pas probable qu'une personne si dévouée ne fût pas partie avec l'intention de lui chercher des protecteurs plus à même que moi de l'élever. Pourquoi ne m'avait-elle pas dit franchement les choses, au lieu de feindre une colère qui ne pouvait pas être dans son cœur?