Elle m'imposa silence, et en relevant le front:

—J'accepte la mission, dit-elle. Je saurai bien parler à mon père. Si je suis coupable envers lui, je n'en suis pas moins sa fille, et je lui apporte, avec l'amitié du plus grand guerrier de l'Occident, la couronne de la Haute-Égypte. Peut-être me pardonnera-t-il? En tout cas, je n'aurai pas passé dans la vie sans avoir tenté de faire une action courageuse. Si j'échoue et si je meurs, on me plaindra, mais on parlera de moi. Si je réussis, j'aurai la gloire d'avoir assuré la paix de l'Égypte.

—Vous êtes une brave fille! s'écria Kléber. Vous réussirez. Il n'y a que les imbéciles qui échouent, et vous êtes une femme d'esprit!

—Dans tout ceci, dis-je avec dépit, on me laisse un peu de côté. Aurai-je au moins le droit d'accompagner madame?

—Je n'y vois pas d'empêchement, dit Kléber, si tu peux être revenu à temps pour rentrer en campagne.

—Il vaut mieux que tu ne viennes pas, me dit Djémilé; tu as amassé trop de colère sur ta tête; et puis, tu brusquerais mon père.

J'allais répondre que je la suivrais malgré elle, mais c'eût été entamer une querelle d'intérieur devant le général; je me tus.

Il fut convenu qu'elle partirait dès le lendemain avec Poussielgue, muni des pouvoirs du général pour traiter, et avec un détachement du régiment des dromadaires. Auprès de ma maîtresse comme à la bataille, Kléber l'emportait sur toute la ligne.

Dès que je fus seul avec Djémilé:

—Alors, lui dis-je, tu veux me quitter?