—Te quitter, toi? répondit-elle en venant se jeter dans mes bras. Non, jamais!

—En attendant, tu vas partir sans moi. Tu prends des décisions sans même me consulter. Tu as la tête montée par cette folle entreprise et pour le général lui-même. Je le vois bien. Mais est-ce là ce que tu m'avais promis? N'avais-tu pas juré de m'obéir aveuglément?

—Tu ne m'as pas défendu d'aller porter la paix à mon père, et tu ne peux vouloir me le défendre. Je veux rendre service à l'armée française. Est-ce que tu ne m'en aimes pas davantage?

—Je ne puis t'aimer davantage tu le sais bien. C'est pour cela que je ne veux pas te laisser aller là-bas sans moi.

—Je le désire aussi, mais cela peut rendre les choses plus difficiles.

—Pourquoi cela? Ne m'as-tu pas dit jadis que je devais aller demander ta main à ton père? J'irai dans ce but.

—C'est bien inutile.

—Tu ne veux plus être ma femme?

—C'est au contraire le plus ardent de mes désirs; mais il n'est pas nécessaire que tu t'exposes pour cela. Je dirai à mon père et à ma mère que nous sommes mariés. Ne le sommes-nous pas, de fait: N'ai-je pas bu ton sang? N'as-tu pas donné ta vie pour moi? Quel plus beau contrat?

—Bien. En attendant je pars demain avec toi.