Je prêtai l'oreille:
—Noble voyageuse, dit une voix de femme qui ressemblait extraordinairement à celle de Djémilé, sois la bienvenue puisque tu m'apportes des paroles de paix, mais de la part de qui?
—De la part du sultan des Français.
—Alors, il faut appeler Mourad.
—Non, pas encore. Je viens aussi te donner des nouvelles de ta fille.
—De ma fille! mais... c'est toi-même. C'est toi! enlève ton voile, Djémilé?
—Ah! ma mère, ma mère... Oubliez ma faute, pardonnez-moi!
—Oui, va, je te pardonne, je suis si heureuse de te retrouver! Viens m'embrasser.
Voyant que les choses prenaient si bonne tournure, je fis signe à Poussielgue, et nous nous retirâmes par discrétion. Une heure après, Mourad fit mander Poussielgue près de lui. Il y resta si longtemps que je crus qu'il y coucherait. Je fus appelé à mon tour et introduit auprès d'une femme d'un certain âge, encore très-belle. En la voyant, il me sembla voir ce que serait Djémilé dans une vingtaine d'années: c'était la même taille, le même genre de beauté, le même regard et la même voix.
—Tu ne peux être que la mère de celle que j'aime, lui dis-je.