—Oui, répondit-elle, je suis Nefyssèh; je suis ta mère aussi, car je te pardonne et te regarde comme mon fils.
Après l'avoir saluée avec les cérémonies orientales, je l'assurai de mon respect.
—Il faut, dit-elle, que tu aies ensorcelé ma fille pour lui avoir fait quitter sa famille. Du reste, tu es beau, jeune et vaillant, cela suffit pour émouvoir le cœur des femmes. Ce que tu as fait pour la venir enlever jusque dans l'oasis est d'un brave, et Mourad apprécie le courage; nous sommes alliés maintenant. Djémilé a transmis à son père les propositions du sultan des Français. Mourad ne veut s'engager à rien avant d'avoir réfléchi. Seulement je peux te dire tout de suite qu'il restera neutre tant que les hostilités avec la Turquie n'auront pas été reprises. Après la première bataille livrée, il se prononcera. Djémilé restera avec nous jusque-là. Tu viendras faire ta demande selon les usages, et il t'accordera sa main. Tu te feras musulman. C'est, avec sa succession la souveraineté de l'Égypte, car les Français la quitteront un jour ou l'autre, chassés, non par la force, mais par l'ennui et la lassitude, et l'ambassadeur a promis d'en faciliter l'entière possession à Mourad.
Quelques jours auparavant, un prétendant au trône de France m'avait offert d'être son conseiller et son ministre; aujourd'hui la femme du futur sultan d'Égypte m'offrait le sceptre des Pharaons. Décidément, je montais en grade; mais la condition de me mahométiser ne m'allait pas plus que celle de laisser Djémilé.
En ce moment une portière à laquelle je n'avais pas pris garde se souleva au fond de la tente pour donner accès à Mourad et à Djémilé.
Mourad s'avança vers moi d'un air majestueux et me dit avec un accent de colère mal dissimulé:
—Sitty Nefyssèh t'a-t-elle fait part de ma volonté relativement à toi?
—Oui.
—Et tu acceptes?
Je fus sur le point de lui rompre en visière et de refuser net; mais c'était perdre Djémilé.