—Une fois avec Louis.
—Pourquoi rougis-tu?
—Je ne sais, tu me questionnes comme si tu me soupçonnais!
—Ce n'est pas toi que je soupçonne! Ta mère est encore fort belle...
—Que tu es fou! dit-elle en riant, ils ne s'entretiennent que de politique!
—En ce cas, parle à Kléber à propos de Souleyman, et ne bouge pas de chez toi. De mon côté, je vais me mettre à sa recherche.
Huit jours après, j'appris qu'il avait été arrêté et conduit devant Kléber, qui l'avait interrogé. Souleyman ne se vanta ni d'avoir failli assassiner Poussielgue en croyant s'adresser à moi, ni d'avoir été chercher un refuge dans l'armée turque après sa méprise. Je n'étais malheureusement pas présent à son interrogatoire. Il prétendit que Mourad lui avait promis la main de sa fille et qu'il usait de son droit d'amant en chantant sous son moucharaby. Kléber, sachant fort bien qu'il n'en était rien, lui signifia qu'il eût à quitter l'Égypte, et, comme Souleyman lui répliqua insolemment, il lui fit donner vingt-cinq coups de bâton, après quoi il ordonna sa déportation.
Je croyais mademoiselle de Cérignan bien loin, quand je reçus d'elle le billet suivant:
«Colonel, je suis de retour au Caire depuis quinze jours. J'ai revu Louis, que vous avez placé en qualité d'ordonnance auprès du général en chef. Je ne sais si vous avez bien fait. En tout cas, j'ai à vous parler de lui, en sa présence et devant son général. Veuillez donc bien venir dîner chez moi, demain 14 juin, à quatre heures. J'habite en ce moment l'ancien palais d'Osman-bey, dans l'île de Roudah. Venez, vous ferez grand plaisir à celle qui se dit votre servante.
«Olympe de C....»