—Appelez-vous repos, l'ordre de choses actuel? après une révolution sanglante, une réaction terrible; la peur, la famine, l'échafaud, les massacres, les noyades, les déportations, les dénonciations, la lutte de tous les partis, que sais-je? Il faut sauver la France de ses propres fureurs, et le général Bonaparte le peut seul aujourd'hui.

—C'est mon avis.

—Sa valeur, ses triomphes ne la sauveront pourtant pas s'il ne rétablit la fixité et cette fixité ne peut se trouver que dans le retour de la monarchie. Voilà ce dont je voulais m'entretenir ce soir avec vous et avec Kléber.

—Kléber est un républicain sincère qui ne peut vouloir retourner à l'ancien régime.

—Je ne nie pas les vertus civiques de M. Kléber! Mais l'esprit des généraux de l'armée du Rhin est royaliste. Parmi ceux qui portent envie au vainqueur de Lodi et de Castiglione, le héros d'Héliopolis s'est toujours montré le plus frondeur. Bonaparte voulait conserver la colonie égyptienne, c'était une raison pour que Kléber voulût l'abandonner.

—Il a voulu quitter l'Égypte par ennui, par lassitude.

—Qu'importe le motif? Il allait partir sans la nomination de Bonaparte au titre de premier consul et son refus d'acquiescer aux conventions du traité d'El-Arych. Il emmenait Louis, et à l'heure qu'il est, nous serions tous à Paris.

—Et aux Tuileries, n'est-ce pas? dis-je en riant.

—Qui sait? la chose n'est que différée. En attendant, si vous m'aimez, vous allez vous charger du Dauphin et le conduire en France, avec moi. Kléber doit vous envoyer porter aux consuls les drapeaux enlevés à la bataille d'Héliopolis.

—La mission est honorable, et je suis prêt à la remplir. Seulement, je voudrais savoir d'avance à quoi je m'engage en ramenant en France un brandon de discorde tel que Louis.