—Si vous prenez votre parti du mal que vous avez fait, moi, je veux le réparer. Je ne me résigne pas si aisément à abandonner le Dauphin. On me l'a confié, je réponds de lui...
—On vous l'a confié, dites-vous: alors pourquoi me l'avez-vous renvoyé après la mort de Kléber?
—Colonel, Louis n'est plus un enfant, vous le dites vous-même, et je ne suis pas une vieille femme.
—Oui, je le sais! Il vous a trouvée belle; il n'est pas aveugle.
—Il s'en est vanté à vous? dit-elle en rougissant. C'est bien sot! Mais qu'importe! Je suis prête à le reprendre si vous me le ramenez. Au bout du compte, il vous a rendu service en vous ouvrant les yeux; il vous a débarrassé d'une fille qui vous serait devenue funeste; aidez-moi à le ramener.
—Oh! quant à cela, non! qu'il devienne ce qu'il pourra!
—J'agirai donc seule.
—Et que ferez-vous?
—J'irai le chercher, l'enlever même, car je m'attends à sa résistance.
—Vous y risquez gros! Allez-vous courir après lui dans la Haute-Égypte? Que ferez-vous dans ce milieu arabe, vous femme européenne, et par conséquent fort peu considérée? Et Mourad? vous l'oubliez. Il ne vous rendra jamais un gendre si haut placé. Vous échouerez, et vous y perdrez sinon la vie, du moins votre liberté ou votre honneur.