—Apprêtez armes! En joue!
Les armes s'abaissèrent. Je regardai sans crainte les gueules de ces vingt-quatre fusils, et j'allais crier: Feu! quand Louis, à cheval et suivi d'un colonel anglais, se présenta et se plaça au-devant de moi, au risque de recevoir la décharge en plein corps, ce qui n'était pas d'un lâche!
Il présenta un papier à l'officier, les soldats remirent l'arme au bras et me délièrent.
—Il était temps, me dit Louis. J'ai obtenu ta grâce, mais non ta liberté. Tu vas être embarqué avec d'autres prisonniers.
—Tu as fait ce que tu as pu, lui dis-je, et je t'en remercie. Tu n'es pas un ingrat, et tu sais te faire pardonner. Je te rends mon amitié.
Il me sauta au cou, et, les larmes aux yeux, m'embrassa sur les deux joues.
C'était une bonne nature au fond, et je regrettai qu'il fût le Dauphin, ou qu'il crût l'être! Mais je ne regrettai pas de lui avoir fait cadeau de trois cent mille francs; selon moi, ce n'était pas payer ma vie trop cher.
L'officier me demanda si j'étais prêt à le suivre. Je dis adieu à mon sauveur, et, après lui avoir conseillé de ne pas rester avec les Anglais, au moins tant qu'ils nous feraient la guerre, je me remis entre les mains du peloton qui me conduisit vers une embarcation.
Au moment de me quitter, l'officier anglais m'offrit cordialement la main. Je ne crus pas devoir lui refuser la mienne, et je montai à bord du Swiftsure. Je fus mis à fond de cale en compagnie de quelques officiers de chasseurs à cheval et de plusieurs de mes dragons, parmi lesquels je retrouvai Guidamour intact. Il pleura de joie en me voyant; il m'avait cru mort, et s'était fait prendre en me cherchant.
Nous restâmes à l'ancre pendant plus de quinze jours. Tous les soirs on nous faisait monter sur le pont, deux par deux, et alternativement, pour respirer l'air.