—Et vous ne lui pardonnez pas cette usurpation.

—Je la lui pardonne en songeant qu'il rend service à mon pauvre Louis. Ce jeune homme est incapable de soutenir l'honneur et l'indépendance de la France, et, si vous voulez tout savoir, c'est son moindre désir et sa plus grande crainte.

—Il m'a parlé souvent dans ce sens; était-il sincère?

—Il était plus que sincère, il était naïf.

—Alors il ne sera jamais rien, pas même un drapeau dans les mains de son parti et de sa famille?

—Son parti ignore qu'il existe et sa famille n'y veut pas croire. Ses oncles sont des hommes, et il ne sera jamais qu'un enfant.

—Un enfant qui mourra dans l'exil peut-être?

—Ou dans quelque prison d'État.

—Pauvre Louis! Puisque vous avouez qu'il n'est plus à craindre pour mon pays, je peux vous avouer que, malgré ses torts envers moi, je l'aime beaucoup.

—Je l'ai bien vu! Sans cela je ne vous l'eusse pas confié. Tous êtes bon et vous lui avez tout pardonné avant même qu'il eût réparé ses torts. Moi, j'ai eu plus de peine à oublier son ingratitude et l'injure qu'il m'a faite de croire que je consentirais à être sa maîtresse.