Un soir que nous avions été faire une promenade à la campagne, je me permis de dire à ma chère Olympe: À présent que je peux me flatter d'avoir obtenu votre confiance,—au moins en fait de politique!—dites-moi donc si vous êtes toujours aussi persuadée que Louis soit le Dauphin de France?
—Si je n'en eusse été persuadée, répondit-elle, vous savez bien que je ne me fusse pas dévouée à sa personne et à sa cause.
—Cela n'a jamais fait de doute pour moi; mais depuis? ne vous est-il jamais venu de doute à vous-même?
—Il m'en est venu, je mentirais si je ne l'avouais pas.
—Il vous en est venu tellement que vous n'avez plus voulu servir cette cause au prix d'une imposture?
—Non! mes doutes sont faibles et ma croyance est encore assez vive. J'en suis à ce point où l'on se réjouit de pouvoir s'abstenir, sans pourtant regretter d'avoir agi. Si mon père et ses amis ont été pris pour dupes, ils l'ont été très-habilement, et leur erreur a été complète. Quant à moi, ce qui m'a rattachée le plus à leur croyance, c'est la persistance des souvenirs de cet enfant, leur ingénuité, leur caractère de vérité spontanée. Peut-on admettre qu'à l'âge où il nous fut confié, on soit un imposteur assez habile, et assez bien stylé pour jouer un pareil rôle sans contradiction et sans lassitude durant plusieurs années?
—J'avoue que toutes les autres affirmations me trouvent incrédule; mais celles de l'enfant lui-même, un enfant craintif... quelquefois dissimulé pourtant!
—Il n'y a pas de pusillanimité sans un peu de perfidie, et Louis, pour cacher ses convoitises ou ses terreurs, est capable de ruse, je vous l'accorde. Mais une feinte de longue durée lui est impossible; pour cela, il faut une force de volonté qu'il n'aura jamais.
—C'est vrai; donc il se peut très-bien qu'il soit le Dauphin! Mais alors, quel sera donc son avenir? Croyez-vous toujours qu'il régnera?
—Je vois bien que Bonaparte règne à sa place!