—En ce cas, viens avec moi. C'est de la trop belle marchandise pour la laisser voir en public.

Je le suivis dans une chambre haute où plusieurs femmes, dans des costumes assez délabrés, se tenaient rangées contre le mur.

Il m'en présenta une à la peau légèrement bistrée et aux traits délicats.

—Veux-tu, dit-il, cette jolie Arabe du Saïs? Seize ans et vierge! Elle chante et joue du tarabouk. Je la gardais pour le harem du pacha. Aussi c'est cher, très-cher! Huit bourses! (mille francs).

—Achète-moi, me dit la jeune esclave, les yeux brillants d'un éclat fébrile, tu ne t'en repentiras pas. Je me nomme Thomadhyr et je suis de la ville d'Esnèh, la patrie des almées!

—Je t'achète, lui dis-je.

Elle vint me baiser la main.

Je fis ensuite l'acquisition d'une chrétienne de Damas, d'une figure fine, avec des cheveux d'un blond tirant sur le roux. Elle répondait au nom de Mériem. La dernière que j'achetai s'appelait Pannychis. Elle était de Macri, dans l'Asie-Mineure, avait été enlevée par des corsaires et vendue à un bey mameluk, qui l'avait répudiée. Elle remplissait toutes les conditions de la beauté comme l'entendent les Orientaux. Pourvu qu'une femme soit blanche, elle est belle; si elle est grasse, elle est admirable. On pouvait lui appliquer cette comparaison arabe: Son visage est comme la pleine lune; ses hanches sont comme des coussins.

Aussi, c'était cher, très-cher!

J'avais sur moi assez d'argent pour payer Yacoub; mais, ne voulant pas me promener dans Boulaq avec ce troupeau féminin, je chargeai la vieille fellahine de le conduire chez moi. Une heure après, elle venait me livrer mon bétail, y compris sa fille, et se retirait fort satisfaite de son bakchis, c'est-à-dire de son pourboire.