Djémilé, enchantée de ses six nouvelles esclaves, vint me remercier en me baisant le pouce.
Mais ce n'était pas tout d'avoir acheté six femmes, il fallut les attifer, car Yacoub me les avait livrées avec aussi peu de vêtements que possible. Les pauvres filles n'étaient pas honteuses de leur nudité, elles l'étaient de leurs haillons. Heureusement, les odalisques qui avaient habité la maison n'avaient pu, dans leur fuite, emporter toute leur garde-robe. Je la leur livrai en attendant mieux. Ce fut bientôt, du haut en bas de ma résidence, un va-et-vient, des rires et un bavardage qui se prolongèrent fort avant dans la nuit.
Sylvie arriva le lendemain dans une toilette ébouriffante. De son côté, Djémilé avait mis toutes ses femmes sous les armes, s'était parée de tous ses bijoux et y avait ajouté ceux qu'elle avait passés la matinée à choisir, car j'avais fait venir toute une friperie et toute une joaillerie pour équiper les compagnes de la fille de Mourad.
L'entrevue fut des plus comiques. Dès que l'Européenne parut sur le seuil du divan où j'avais rassemblé le harem, Djémilé se leva, et, suivie de ses esclaves, courut au-devant d'elle, posa la main à son front, à sa poitrine, lui prit les pouces et y posa ses lèvres. Elle s'attendait à ce que Sylvie lui rendît les mêmes hommages. Il n'en fut rien. L'ex-comédienne n'avait aucune idée des usages de l'Orient. La jeune mamelucke se redressa alors avec fierté, lui tourna le dos et revint sur son sofa. Puis, s'adressant à moi: Dis-lui de s'asseoir si elle le veut. Offre-lui un narghilé et du café.
Je traduisis mot à mot.
—Est-elle drôle, cette petite? dit Sylvie, mais je ne veux ni de son café ni de sa pipe.
Quand j'eus reporté ces paroles à Djémilé.
—Ton épouse est bien mal apprise, dit-elle.
—Elle n'est pas ma femme.
—Alors, que vient-elle faire chez toi et à visage découvert? C'est donc une almée ou quelque chose de pis?