—Qu'est-ce qu'elles ont donc tant à rire, toutes vos grues? s'écria Sylvie.

—Elles rient de ce que vous n'avez pas donné le temps à votre café de déposer au fond de la tasse.

—Ce n'est pas si drôle que ça, je me suis brûlée affreusement avec leur chicorée. Faites-les donc taire! elles sont agaçantes avec leurs cris.

Je leur observai qu'il était fort grossier dans tous les pays du monde de se moquer de ses hôtes. Elles se turent. Djémilé reprit son sérieux; mais, au bout d'un instant, elle eut le malheur de lever de nouveau les yeux vers Sylvie, qui s'essuyait la langue avec son mouchoir. Dès lors, adieu toute gravité. Elle fut prise d'un rire inextinguible. Elle en avait les larmes aux yeux. Il va sans dire que les autres éclatèrent.

Je parvins à obtenir un peu de calme, mais non sans peine, car moi aussi je riais.

—Je ne sais trop, reprit Sylvie, quel plaisir vous pouvez trouver dans la compagnie de ces sauvagesses. Il est vrai qu'en voilà trois fort jolies. D'abord cette grosse-là, qui ressemble à une Junon de M. David!

Elle désigna la Grecque Pannychis.—Et puis, cette mince, reprit-elle en me montrant Tomadhyr; elle a des yeux impossibles, mon cher, ce sont des charbons ardents. Et puis, votre favorite, mais je préfère la belle aux yeux de feu.

—Que dit-elle donc? me demanda Djémilé. Elle se moque de moi?

—Pas le moins du monde; elle parle de Tomadhyr qu'elle trouve jolie.

Celle-ci, pour la remercier, s'approcha de Sylvie qui la repoussa en disant: Ah! ma chère, je n'aime pas à être embrassée par les femmes.