Tomadhyr alla reprendre sa place en riant sous cape. Sylvie de leva. Djémilé en fit autant et l'engagea à revenir, autant pour prendre des leçons de politesse que pour l'amuser encore.

Je me gardai bien de traduire textuellement une si aimable invitation. La comédienne lui fit une révérence, et comme elle se dirigeait vers la porte, je lui vis un vieux plumail que Tomadhyr, sous prétexte de l'embrasser, lui avait attaché en guise de croupière. Ce fut pour le coup qu'il y eut une explosion de rires et de cris de joie. Je détachai l'aile de volaille sans que madame Dubertet s'en aperçut et je la jetai au nez de l'esclave espiègle.

Au moment de sortir, Sylvie fit une nouvelle révérence à Djémilé qui, pour la congédier selon les usages, lui dit:

—Le ciel vous accorde une nombreuse postérité et conserve vos enfants!


[V]

Quelques jours après, Sylvie, voulant prendre sa revanche, car elle n'était pas assez simple pour n'avoir pas vu qu'on s'était moqué d'elle, me pria de lui amener Djémilé à dîner.

Je tirais vanité de la beauté de cette jeune fille, et j'étais content de la montrer à Dubertet et aux autres. J'eus beaucoup de peine à obtenir son consentement.

—Enfin, me dit-elle, puisque tu le veux, j'irai, mais ce sera une grande honte pour moi. Je ne connais pas plus vos usages que vous ne connaissez les nôtres, et elles vont se moquer de moi à leur tour. Apprends-moi comment je dois me conduire.

Elle avait beaucoup d'amour-propre. Je la mis au fait tant bien que mal de ce qui se passait avant, pendant et après le dîner. Quand elle sut que Dubertet serait présent, elle fut sur le point de se rétracter, ne voulant point paraître à visage découvert devant lui.