—Et quand cela serait, que t'importe! lui dis-je un peu durement.
—Tu as le droit de l'acheter à ton ami et de l'amener dans ton harem; mais j'en aurai beaucoup de chagrin. Ce n'est pas là ce que tu m'avais promis!
—Et que t'avais-je promis?
—Que je serais seule maîtresse au logis.
Et elle fondit en larmes.
J'eus beau dire qu'elle seule régnerait chez moi, que je ne pouvais pas acheter la Française, qu'elle ne viendrait jamais, rien n'y fit. Elle pleurait toujours. Le vin de Champagne lui avait porté sur les nerfs.
Onze heures sonnèrent, c'est-à-dire que le muezzin cria l'heure, du haut d'un minaret voisin. Sylvie devait m'attendre; mais je ne pouvais laisser cette enfant, excitée comme elle l'était; et puis, elle était si jolie que j'aurais sacrifié tous les rendez-vous de la terre pour elle.
Je ne trouvai rien de mieux pour la consoler que de lui faire des compliments. Elle essuya ses larmes, me dit qu'elle avait été bien sotte, et m'avoua en rougissant qu'elle était jalouse de moi.
—Si tu es jalouse, c'est donc que tu m'aimes, petite Djémilé? dis-je en la serrant sur mon cœur.
—Eh bien, oui! répondit-elle en se jetant à mon cou. Je t'aime et je t'aimerai toute ma vie.