—Non, dans la maison il n'y aura que Guidamour.
Elle m'apporta son front. Je l'embrassai et la quittai, après avoir donné des ordres à celui qui devait veiller sur mon troupeau; je me rendis au quartier où le régiment n'attendait plus que moi pour partir.
N'apercevant pas Souleyman parmi les cavaliers de Malek, je lui demandai ce qu'il en avait fait.
—Il est parti depuis huit jours.
—Et tu l'as laissé rejoindre Mourad, ton ennemi personnel?
—Je ne suis pas l'ami de Souleyman, pour qu'il me fasse part de ses projets! Peut-être lui est-il arrivé malheur, car il a laissé son cheval et ses armes, comme s'il devait revenir.
—S'il revient, dis-je à l'officier chargé de garder Boulaq et de protéger ma maison, fusillez-le comme déserteur.
—Soyez tranquille, ce sera fait!
Nous entrâmes dans le désert tout de suite en sortant du Caire, au seuil de la porte de la Victoire. Nous traversâmes El-Khankah et Abou-Zabel, cités jadis florissantes qui maintenant tombent en ruines. Près de Belbéys, nous rencontrons une partie des pèlerins de la Mecque, que les Bédouins emmenaient prisonniers après les avoir pillés. Le fait de délivrer les pèlerins, de rattraper leurs richesses et de donner la chasse aux Bédouins ne fut ni long ni difficile. Bonaparte les traita fort bien, ces pèlerins, et leur fournit une bonne escorte jusqu'au Caire. Je pensais que la campagne était terminée et je me réjouissais déjà à l'idée de revoir ma petite cadine. Point! Ibrahim-Bey avait établi son quartier général à Belbéys et y avait convoqué les autres beys mameluks, afin de reprendre l'offensive; à la nouvelle de notre arrivée, il se retire; nous le suivons jusqu'à Salahyeh. Là, il y eut un combat de cavalerie qui faillit coûter la vie au général en chef. Ibrahim venait de lever son camp, lorsque Bonaparte arriva, suivi d'une escorte de 300 hussards. Ceux-ci se jetèrent sur les 500 mameluks qui protégeaient la retraite des femmes et des bagages. Ils s'ouvrent un passage dans leurs rangs, mais ils sont bientôt enveloppés. Bonaparte, avec ses guides et son état-major, vole à leur secours et la mêlée devient générale. Le colonel du 7e de hussards, Détrés, est tué, l'aide de camp Shulkowsky reçoit huit blessures. Bonaparte lui-même met le sabre à la main.
Je ne sais trop comment cela eût fini, si mon régiment ne fût venu à leur secours en fournissant l'une de ces belles charges à fond de train, auxquelles rien ne résiste. Non-seulement nous mîmes en déroute la cavalerie mameluke, mais encore nous lui enlevâmes deux pièces de canon et cinquante chameaux chargés de bagages. Ce jour-là 11 août, le 3e dragons fut mis à l'ordre du jour de l'armée, et le colonel fut invité à souper sous la tente du général en chef. Je n'avais jamais vu Bonaparte de si près et je n'avais jamais causé avec lui.