—Dubertet, tu ne m'avais pas dit que tu fusses marié?
—Je n'ai pas plus de secret pour toi que tu n'en as pour moi. Je puis te confier la vérité! Sylvie est ma maîtresse, mais je la fais passer pour ma femme afin de pouvoir l'emmener avec moi. C'est une fille bonne et dévouée, qui serait morte de chagrin si je l'avais laissée. Il y a deux ans que nous vivons ensemble, et nous nous aimons comme au premier jour.
—Elle paraît un peu impatiente?
—C'est le déplacement, l'ennui du voyage, qui la rendent nerveuse. Depuis trois mois, nous avons été toujours en l'air.
—C'est à Paris que tu l'as connue?
—Oui, elle était au théâtre de la Montansier, et y jouait de petits rôles. J'ai soupiré longtemps, car c'était une vertu. Son père est un commerçant de la rue Saint-Denis. Elle a quitté sa famille par amour de l'art, et, si elle n'a pas pu percer, c'est un peu la faute de sa sagesse. Tu sais, dans cette carrière-là, une jolie femme ne réussit qu'autant qu'elle sait plaire à tout le monde.
Il me parla encore longtemps de mademoiselle Sylvie avec la loquacité d'un homme radicalement subjugué.
Le 26 mai, à six heures du soir, notre frégate, précédée des bricks et des soixante-dix transports du convoi de Civita-Vecchia, allait lever l'ancre, quand un canot amena de nouveaux passagers. C'était d'abord un homme déjà mûr, avec des ailes de pigeon et une queue à la prussienne, puis une grande jeune fille, très-belle, très-blonde et très-bien mise, qui donnait la main à un garçon de douze à treize ans.
Le commandant, qui n'attendait plus personne, s'avança vers eux d'un air interrogateur.
Le monsieur aux ailes de pigeon se nomma.