Je le lui donnai en effet.
Ce collier jeta la perturbation dans le harem, les autres lui portèrent envie et lui cherchèrent querelle: pour les apaiser, je dus leur faire à chacune un cadeau, et tout rentra dans le calme.
La splendide Pannychis en prit pourtant de l'ombrage, comme si elle eût eu le droit d'être jalouse de moi. Elle me fit prier par l'Abyssinienne de me rendre dans le harem, et, après avoir signifié d'un ton d'autorité aux autres odalisques de s'éloigner, elle me parla ainsi:
—Sidi, depuis la fuite de ton épouse légitime, qui équivaut à un divorce, tu n'as encore jeté les yeux sur aucune de nous, si ce n'est sur Tomadhyr l'Égyptienne. Il faut que nous sachions si tu l'as choisie pour ta femme, afin que nous ayons à lui obéir, ou si elle n'est pour toi qu'une esclave que tu gardes pour ton plaisir et à qui nous ne devons aucun respect.
Je répondis la vérité, Tomadhyr n'était ni ma femme ni ma maîtresse.
—Je suis satisfaite. En ce cas, il est temps que tu désignes celle qui doit succéder à Djémilé. Regarde-moi. Je suis belle, j'ai dix-neuf ans, je n'ai été mariée qu'une fois, je suis une cadine et non une odaleuk. Je sais très-bien gouverner un harem et je mérite la préférence. Si tu tiens à avoir deux femmes, je consens à ce que tu prennes Tomadhyr; mais elle n'aura que le titre de perroquet, tandis que je serai la Khanoune.
—Qu'entends-tu par perroquet?
—La durrah (perroquet), c'est la seconde femme.
—Je ne veux ni de dame maîtresse ni de perroquet. Odalisque je t'ai achetée, odalisque tu resteras. Que ferais-tu de plus si je te mettais à la tête de ma maison? tu ne sais absolument rien. Continue donc à être belle et à engraisser. Te manque-t-il quelque chose? Parle.
—Tu m'as fort bien traitée jusqu'à présent et je ne me plains pas de toi; mais mon rang exige que je ne sois pas plus longtemps confondue avec tes odalisques. Laisse-moi vivre comme une cadine et commander aux négresses.