—Pour mes péchés, reprit-elle en rougissant, j'ai été enlevée par une tribu de Bédouins, vendue comme esclave et amenée à Boulaq où tu m'as achetée. Veux-tu me rendre ma liberté moyennant le prix que tu m'as payée? Je retournerais près de mes sœurs en Christ.

—Comment as-tu de l'argent? les esclaves n'en ont pas.

—C'est Mourad qui le lui a donné, s'écria tout à coup Tomadhyr, qui s'était glissée sans bruit près de nous.

—Tu mens, s'écria Mériem.

—Je te dis que c'est Mourad, reprit l'autre, pour l'aider à enlever Djémilé.

—Tu m'accuses faussement, répondit la chrétienne outrée de colère, parce que tu es jalouse et amoureuse du maître!

—Si je l'aime, je saurai bien le lui apprendre moi-même, répondit la jeune Arabe en lui sautant au visage et en l'égratignant.

Mériem riposta en la prenant aux cheveux. Je les séparai et je fis subir un interrogatoire sévère à Mériem. Devant les assertions de Tomadhyr, elle resta confondue et avoua la vérité; elle chercha à mettre sa trahison sur le compte de la jalousie, et, comme preuve, elle m'offrit de m'en remettre le prix.

—Garde ton argent, lui dis-je, et va-t-en dès demain, tu es libre!

—Tu es irrité contre moi?