—Pourquoi, dit-il, voulez-vous donc me faire peur? Vous n'avez pourtant pas l'air méchant.
—Ce n'est pas pour t'effrayer, mon petit ami.
—Ah! je suis votre petit ami, dit-il avec un sourire triste et—venant sur la terrasse—il reprit:
—Vous voudriez bien être celui de ma sœur, n'est-ce pas?
—Tu as deviné cela tout seul? Est-elle chez-elle? Ne pourrais-je lui présenter mes hommages?
—Elle vous voit bien passer; mais elle ne veut pas vous revoir... Voilà M. de Cérignan! allez-vous-en!
J'eus peur d'être surpris en faute et je piquai des deux.
Je revins le lendemain et je demandai à être reçu. On me répondit qu'il n'y avait personne à la maison.
Je fus blessé de ce refus, et de retour chez moi, j'écrivis une déclaration à mademoiselle Olympe. Je la lui fis parvenir par Louis, que je revis un matin dans le jardin, mais avec lequel je n'eus pas le temps de causer. Je ne reçus pas de réponse. Je ne me tins pas pour battu. J'espérais avoir mes entrées par son père. J'invitai celui-ci avec ses enfants à un grand dîner que je voulais rendre à mon général. Il refusa. Le dîner n'en tint pas moins. J'envoyai mes invitations d'abord aux généraux Roize et Reynier, à Sabardin, à Dubertet et à sa moitié, à Morin, à quelques notables indigènes, à Malek et à tous les officiers de mon régiment. Je passai deux jours à styler mes esclaves qui devaient servir à table sous les ordres de Guidamour. Tomadhyr et la petite fellahine promettaient seules de s'en tirer avec intelligence; les négresses étaient de véritables brutes.
Le dîner était des plus somptueux pour l'Égypte. Si mon cuisinier français n'avait pu varier le fond de la nourriture, il avait, en revanche, voulu se surpasser par la variété des assaisonnements et les déguisements qu'il avait fait subir aux victuailles. Les poissons du Nil furent censés des carpes du Rhin. Les coqs de bruyères, les poules, pigeons et canards avaient pris des noms nouveaux. Jusqu'au mouton, qui fut baptisé chevreuil des pyramides. Les pâtisseries et les fruits étaient supérieurs à ceux d'Europe. Les vins, qui venaient de France et de Grèce, étaient des meilleurs clos. Mon luxe n'étonna personne; on pensa que j'avais fait de bonnes prises sur le champ de bataille. J'avais convoqué la fanfare de mon régiment, et, entre chaque service, la salle retentissait de nos airs nationaux: la Marseillaise, le Chant du Départ, etc.