—Je vous fais donc horreur?

Elle leva vers moi ses grands yeux, se troubla en rencontrant les miens, et me dit: Non! croyez-le bien! mais je ne suis pas libre!

—Vous êtes mariée?

—Je me suis donnée à Dieu!

Était-elle religieuse? Je voulais le savoir; mais son père vint couper court à toute information. Je l'invitai de nouveau. Elle me donna la trois cent soixante-cinquième contredanse; c'était me renvoyer à Noël ou à la Trinité. Je ne la perdis pas de vue de toute la soirée. Quand elle sortit au bras de son père, je la suivis de loin, afin de savoir où elle demeurait.

C'était dans une des dernières maisons du quartier franc. L'habitation était précédée d'un jardin enclos d'une muraille peu élevée, formant terrasse, avec une tonnelle sur la rue. Il n'était pas difficile d'entrer par là; mais je ne voulais pas agir aussi brusquement avec elle. Dès le lendemain, sous prétexte de promener un cheval arabe que j'avais acheté tout récemment, j'allai rôder dans la rue, espérant apercevoir mademoiselle de Cérignan à sa fenêtre ou sur sa terrasse.

Je ne l'aperçus pas, j'y revins huit jours de suite. Un dimanche, je vis dans le jardin le petit Louis qui, auprès d'un bassin entouré de fleurs bleues, comme dans la vision de Tomadhyr, jetait des cailloux dans l'eau et s'amusait à faire sombrer toute une flotte en papier.

—Voilà pour l'amiral Nelson! disait-il, vive le brave Brueys!

—Oui, vive la République! lui criai-je par-dessus le mur.

L'enfant cessa son jeu, et tourna son visage effaré de mon côté.