—Vous l'avez renvoyée?
—Parfaitement.
—Elle ne vous plaisait plus?
—Oui, c'est ça.
—Et c'est la Junon qui l'a remplacée dans votre cœur? Moi, mon cher, j'aurais préféré cette fille aux yeux de feu, qui vous sert avec tant d'attention.
—L'une n'empêche pas l'autre, dis-je en riant.
—Quel pacha vous faites!
Le divertissement le plus en faveur en Orient est celui des danseuses ghaziyèh, que l'on appelle plutôt ghawasies, du nom de la tribu à laquelle elles appartiennent. On les confond souvent avec les almées, qui sont spécialement chanteuses et improvisatrices. Elles n'ont de commun que d'être appelées dans l'intérieur des harems et des maisons pour y faire montre de leurs talents. Les ghawasies ne jouissent pas d'une très-bonne réputation, tandis que les almées sont parfois des filles d'un grand mérite.
Pour que ma petite fête fût aussi complète que possible, j'avais donc fait dire à plusieurs de ces danseuses de venir nous récréer dans la soirée, après le café et les narghilés, car nous avions déjà pris l'habitude de fumer comme des Turcs. Elles arrivèrent suivies de musiciens arabes et de quelques indigènes, toujours curieux de ce genre de spectacle. Les ghawasies dansèrent avec assez de grâce, et comme je les applaudissais devant Tomadhyr:
—Je danse mieux que ces ghawasies, me dit-elle, veux-tu me permettre de prendre place sur le dourkah?