Le dourkah est le tapis placé au milieu de la salle et que la danseuse ne doit pas quitter pendant qu'elle se livre à ses trépidations.

Tomadhyr s'y élança, et agitant au-dessus de sa tête de petites cymbales de cuivre, elle se livra sur place à une danse effrénée, ralentissant ou accélérant avec une audacieuse énergie les mouvements de ses hanches et de ses reins assouplis à ce genre d'exercice, suivant les diverses phases du sentiment lascif qui semblait l'animer, jusqu'à ce qu'elle tombât haletante, épuisée sur le dourkah. Elle obtint les applaudissements des spectateurs et se retira couverte de gloire.

Pannychis s'était placée auprès de Dubertet. Au milieu du tumulte, je vis celui-ci lui serrer furtivement la main, et elle, lui répondre par un sourire d'intelligence. D'un autre côté, Malek, dont j'avais déjà remarqué les œillades de tigre amoureux, à l'adresse de Sylvie, s'approcha d'elle, et dans son mélange d'italien, de français et d'arabe, l'invita à briller aussi sur le dourkah, ce qui la fit beaucoup rire, mais lui suggéra l'idée de danser. Elle me pria de faire jouer quelques valses, et, sur mon ordre, la musique arabe dut céder la place à la fanfare du 3e dragons. Les danseuses européennes manquant, mes officiers s'emparèrent des ghawasies, de mes odalisques, de mes négresses, et, bon gré mal gré, les firent sauter. Je n'ai jamais rien vu de plus comique, cela ressemblait à une mêlée, où circulaient les bols de punch, les sorbets, les sucreries et les petits verres d'aragui, sorte d'anisette que les musulmanes avalaient sans sourciller. Cette petite fête dura jusqu'à cinq heures du matin.

Le lendemain, ne voyant pas paraître Pannychis à l'heure du dîner, je demandai à Tomadhyr si c'était jour de jeûne ou si elle était malade.

Elle a quitté la danse hier avec ton ami, celui qui demeure de l'autre côté du jardin.

—Qui? Dubertet?

—Oui, Toubertié (c'est ainsi qu'elle prononçait son nom), et elle n'est pas rentrée.

—Et elle a bien fait, si cela lui a plu; mais si elle revient, tu lui diras de ma part qu'elle y retourne. Je ne veux plus d'elle chez moi.

—Oh! je le lui dirai bien, sois tranquille! Elle n'avait pas le droit de te quitter ainsi. Elle aurait dû, au moins, demander à divorcer.

—À quoi bon? je ne l'ai pas épousée plus que toi.