—Tu ne tiens donc pas à tes femmes, que tu te montres si indifférent à leur départ?
—Je ne tiens pas aux gens qui ne tiennent pas à moi.
—En ce cas, si je te demandais de me permettre de revoir mon pays, ne fût-ce que l'espace d'une lune, tu croirais que je n'ai pas d'affection pour toi?
Je croirais que tu veux t'en aller.
Elle me regarda tristement et dit en soupirant: Le soleil du Saïs est si chaud! Ici, j'ai froid! Je me sens malade et j'ai peur de mourir.
—Je ne voulais pas lui rendre sa liberté, et je fis la sourde oreille. Pour changer le cours de ses idées, je lui dis:
—Maintenant que Mériem et Pannychis sont parties, prends leur place dans le harem. Je te donne toutes les odalisques et je te fais khanoune.
—Ma vie est à toi! dit-elle avec un soupir, et si tu veux la conserver, envoie-moi me réchauffer au soleil du désert. Je jure, par l'affection que je te porte, de revenir dès que je serai en bonne santé.
J'hésitai quelques jours. Sans être épris d'elle, j'éprouvais une sorte d'affection basée sur l'estime d'un caractère de femme supérieur aux autres.
Mais elle tomba tout à fait malade et ne parla plus que de son pays. Effrayé de sa nostalgie, je pourvus à ses besoins, et quand je l'embarquai pour la Haute-Égypte, l'espérance, le bonheur de revoir le désert l'avait déjà à moitié guérie.