De huit femmes qui peuplaient ma maison, quelques jours auparavant, il ne me restait plus que les deux négresses et la petite fellahine. Encore pouvaient-elles vouloir décamper d'un jour à l'autre. Je leur demandai quelles étaient leurs intentions. Les négresses, qui n'avaient aucune volonté pour leur propre compte, ne comprirent même pas ce que je voulais leur dire. La liberté pour elles, c'était la honte et la misère. Quant à la petite fellahine, elle me répondit avec une emphase comique:

—Je ne yeux pas retourner avec ma mère pour ne manger que de la pastèque, et recevoir des coups de bâton. Tu m'as achetée trois fois plus cher que je ne valais, je suis à toi. Garde-moi, je t'en prie; je te servirai de mon mieux, je le jure par Chamâ!

—Quel est ce saint-là?

—La grande idole de Medinet-Abou.

Elle jurait par l'une des statues de Memnon à Thèbes, comme dans l'antiquité, on prenait à témoin de ses serments les roches de l'île de Philée. Cette fille avait-elle conservé quelque tradition de l'ancienne religion égyptienne?

Je la questionnai à ce sujet. Ses croyances étaient un mélange d'idolâtrie et de paganisme entés sur l'islamisme.

Je restai donc avec mes trois esclaves, et la maison n'en marcha pas plus mal, au contraire; les négresses étaient soumises comme des animaux domestiques, et Zabetta se montrait alerte et adroite dans ses fonctions de servante par intérim.


[IX]

Quelques jours après, je vis entrer chez moi Dubertet, la figure bouleversée.