—Mon cher, dit-il, j'ai fait une sottise et j'ai agi comme un enfant. J'ai d'abord des excuses à te faire pour t'avoir enlevé Pannychis, et je suis prêt à te rembourser le prix qu'elle t'a coûté.
—Si cette fille te plaît, lui répondis-je, je t'en fais cadeau et je te pardonne; tu étais ivre l'autre jour.
—C'est la vérité: Sylvie aurait dû le comprendre et se montrer plus indulgente, au lieu de me planter là.
—Vous êtes brouillés?
—À mort! Elle a surpris cette fille chez moi, et elle est partie sans me dire un mot, sans même emporter ses chiffons.
—Elle a peut-être été se jeter dans le Nil? La jalousie, la colère et l'amour-propre blessé sont de mauvais conseillers.
—Oh! elle ne se tuera pas, dit-il avec calme, je la connais! Du reste, ça ne battait plus que d'une aile chez nous, depuis notre départ de Civita-Vecchia, et ce qui est arrivé hier serait arrivé dans huit jours. En attendant, je me trouve très-embarrassé sans une maîtresse de maison. Pannychis a pourtant la prétention de l'être au suprême degré; mais elle ne sait ni recevoir, ni causer. Elle comprend seulement quelques mots de français.
—Donne-lui des maîtres, façonne-la à ton idée; elle est assez belle pour te faire honneur, et elle te donnera de beaux enfants.
—Oui, tu as raison, j'ai été assez longtemps l'esclave avec Sylvie, il est temps que je sois le maître chez moi. Voyons, dis-moi ce qu'elle t'a coûté.
Comme il me répugnait de revendre cette grosse personne qui avait mangé si souvent à ma table, je ne voulus point recevoir d'argent. Hector se fâcha presque, il me dit qu'il en était sérieusement amoureux et qu'il la voulait toute à lui. Je fus obligé de lui dire le prix que je l'avais payée: mille francs.