—Alors, je lui dirai de ne rien vous offrir, vous n'accepteriez pas.

—Voyons, ne plaisantez pas. Dites-moi que vous viendrez à mon secours.

—Dites-moi d'abord ce que vous faites ici sous ces vêtements d'odalisque: avez-vous épousé un musulman?

—Mon cher, c'est toute une histoire. Il faut que je vous raconte ça. J'aurais dû rester chez Dubertet et mettre l'odalisque à la porte; mais j'avais la tête montée, et je suis partie pour aller droit chez vous; et puis j'ai pensé que vous ou vos trente-six esclaves ne me recevriez pas, et, de colère contre Dubertet, de dépit contre vous, j'ai été comme une sotte pour me flanquer à l'eau.

—Mais vous ne l'avez pas fait?...

—Mais si, je l'ai fait! Heureusement que c'était dans le petit bras du Nil, en face l'île du Lazaret. Quand je me suis sentie de l'eau jusqu'au creux de l'estomac, j'ai crié. Il était plus de minuit, et à cette heure il ne passe guère que des chats; alors j'ai crié plus fort. Je voulais être sauvée par quelqu'un et faire un esclandre qui aurait compromis Dubertet. Enfin, un homme est venu qui m'a tirée de là. Vous ne devineriez jamais qui?

—Le général Bonaparte, peut-être?

—Non, Malek, le beau mameluk!

—Ah! ah! et qu'a-t-il fait de vous?

—J'étais évanouie....