—Il n'était pas mon père, dit-il.
—Mademoiselle de Cérignan n'est-elle pas ta sœur?
—Non! je suis orphelin. Mon père et ma mère ont été guillotinés; et, sans des amis que je ne connais pas, on m'aurait bien laissé mourir au Temple.
—Qu'est-ce que tu chantes-là?
—Je ne chante pas, dit-il en me regardant d'un air doux, et un jour, quand je serai roi, je me rappellerai que sans vous les Arabes m'auraient coupé la tête comme à mon pauvre menin!
Le Temple, le roi, sa gouvernante, son menin... qu'est-ce qu'il voulait dire? ce pauvre enfant avait-il perdu la raison au milieu d'émotions trop fortes pour son âge?
—Il faut, lui dis-je, te coucher, dormir, oublier tout ça.
—Oui, oui, oublier... il faut oublier, dit-il d'un air singulier; mais en attendant j'ai bien faim!
—En ce cas, viens souper.
Je lui donnai ce que je trouvai. Moi-même, à jeun depuis le matin, je soupai quatre à quatre, car j'attendais à chaque instant l'ordre de monter à cheval. J'étais seul avec l'enfant. Il ne donnait aucun signe de démence et mangeait de fort bel appétit.