—Tu prétends être le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette?

—Oui.

—Pour le coup tu me la bailles belle! Si tu n'es pas fou, tu es un imposteur ou un mauvais plaisant. Louis Capet est mort au Temple, il y a trois ans.

—C'est celui qui a pris ma place qui est mort. Moi, je me porte bien. Veux-tu boire à ma santé? ajouta-t-il en approchant son verre du mien avec un charmant sourire.

—À la santé du petit Louis, de tout mon cœur! mais pas à celle du roi Louis XVII.

—Soit! dit-il en trinquant, je ne demande pas à être roi. On vous met en prison, on vous tue... Ne dis à personne qui je suis!

Je regardais cet enfant et je lui trouvais en effet une frappante ressemblance avec les portraits de Marie-Antoinette. Son âge était celui qu'aurait eu le Dauphin. Il ne m'était pas prouvé que celui-ci fût mort, car j'avais souvent ouï dire que le petit prisonnier mort au Temple n'était pas Louis de France. Le docteur Desault, chargé de constater son identité, l'avait parfaitement dit: il l'avait même dit trop haut, car on prétendait que sa propre mort était le résultat du poison. On ne voulait pas qu'il divulguât un secret d'État, qui, un jour ou l'autre, pouvait rallumer la guerre civile. Un mystère planait sur cette fin du savant, si rapprochée de celle non moins mystérieuse du prince, et si, en France, on n'y songeait déjà plus, en Égypte, nos esprits inclinés au merveilleux se reportaient aux légendes de la Terreur et ne rejetaient pas l'hypothèse de mainte aventure plus ou moins admissible.

En écoutant les révélations de Louis, je songeais aux soins que ses prétendus parents prenaient pour qu'il ne parlât à personne. Je l'examinai avec curiosité. Peut-être que sa folie me gagnait.

—Voyons, mon prince, lui dis-je en abondant dans son sens, pourquoi me faites-vous l'honneur de me confier un secret qui peut me faire fusiller un jour ou l'autre? car vous êtes fort compromettant, et bien des gens ont intérêt à se débarrasser de vous et de vos confidents.

—Je me fie à toi, dit-il, d'abord parce que tu m'as sauvé la vie, et puis... je ne sais pas, tu me plais, et j'ai besoin de parler, de me confier à un ami; tu feras enrager ma gouvernante en lui disant que tu connais son secret.