—Vous n'avez pas l'air de l'aimer beaucoup?
—Oh! elle m'ennuie tant avec sa dévotion.
—Est-ce une religieuse défroquée, comme elle me l'a dit?
—Elle t'a dit ça pour se moquer de toi.
—Est-ce qu'elle était au Temple avec vous?
—Oh non! quand je suis sorti de dessous les paquets de linge de la citoyenne Simon, où on m'avait caché, pour monter en chaise de poste, je l'ai trouvée là avec son père.
J'allais lui demander des détails sur son évasion du Temple quand les trompettes sonnèrent le boute-selle. Je lui montrai sa chambre et je le quittai.
Les nouvelles du grand Caire étaient désastreuses. Les insurgés, auxquels s'étaient joints des bandes d'Arabes du désert et des mameluks, étaient maîtres de la ville. Le général Dupuy, commandant la place, Shulkowsky, aide de camp de Bonaparte, deux officiers appartenant à la commission des arts, avaient été tués. La plupart des maisons habitées par les chrétiens avaient eu le sort de celle des Cérignan.
C'en était fait de tous les Français, si Bonaparte n'eût dompté la révolte, qui avait pris des proportions formidables. Pendant la nuit, il couvrit de canons et de mortiers les hauteurs du Mokattam. À la pointe du jour, il lance ses colonnes d'infanterie sur la ville. Les murailles sont franchies, les insurgés combattent avec énergie. Mais rien ne résiste à l'attaque furieuse des Français. Pourchassés de rue en rue, de maison en maison, les révoltés courent se retrancher dans la grande mosquée d'El-Azhar. Bonaparte eut pitié d'eux, et, comme je me tenais prêt à charger:
—Colonel! me cria-t-il, vous qui parlez l'arabe, allez, de ma part, offrir le pardon à ces malheureux.