Je me détachai en parlementaire avec un trompette. Un mameluk, accompagné d'une dizaine d'insurgés, s'avança au-devant de moi; c'était Souleyman. Ma première pensée fut de lui demander ce qu'il avait fait de Djémilé.
—Elle est sous la tente de son père, dit-il, et elle sera ma femme quand j'aurai remis à Mourad la tête de celui qui a enlevé sa fille.
—Chien maudit, lui répondis-je, la tienne ne tient qu'à un fil, et ce fil, c'est moi qui le trancherai. Si tu as tant soit peu de courage, tu viendras te mesurer avec moi après que les tiens se seront soumis au général.
—Je refuse le combat, et les miens ne veulent pas se soumettre.
Je m'adressai aux autres en leur disant que le général en chef leur offrait le pardon.
—Nous n'en voulons pas, dit l'un d'eux avec emphase. Les troupes aussi redoutables que nombreuses du chef des croyants s'avancent par terre, en même temps que ses navires, hauts comme des montagnes, touchent déjà les rivages de l'Égypte. Vous n'avez plus de flotte, vous ne pouvez fuir, et nos sabres sont tranchants, nos flèches aiguës, nos lances perçantes. Ce pays sera votre tombeau!
—Est-ce toute la réponse que je dois reporter au général?
—C'est toute la réponse! dirent en chœur les musulmans.
J'allai reporter ces paroles à Bonaparte. Il fronça le sourcil, pinça les lèvres, et commanda qu'on fît jouer l'artillerie.
Les canons vomissent la mitraille, les obus pleuvent, les maisons croulent, et, comme s'il eût voulu se mettre de la partie, le ciel, ordinairement si pur, s'obscurcit, le tonnerre gronde, la foudre éclate et répond au fracas de l'artillerie. Les révoltés, saisis de terreur, croient que les éléments se déclarent en faveur du sultan El-Kebir (le sultan du feu), c'est ainsi que les Musulmans appelaient Bonaparte. Ils le supplient maintenant de faire grâce: «L'heure de la clémence est passée, répond Bonaparte; vous avez commencé, c'est à moi de finir.»