Le canon foudroie la mosquée, les portes sont enfoncées à coups de hache, et cavaliers, fantassins, généraux, soldats s'y précipitent pêle-mêle. Tous frappent sans trève ni merci. Au milieu du carnage, je cherchai Souleyman pour le tuer; mais il avait péri ou pris la fuite. Le massacre de la grande mosquée décida du sort de la journée. Dans le quartier de Hussein, pourtant, les Caïrotes soutinrent encore notre feu jusqu'au milieu de la nuit.

Le lendemain on compta quatre mille morts parmi les révoltés et environ trois chefs dans l'armée.

En rentrant, je trouvai Morin et mademoiselle Sylvie qui étaient venus chercher un refuge chez moi. Je dis à Morin de regarder ma maison comme sienne et de choisir la chambre qui lui plairait.

—Eh bien, et moi? dit Sylvie; m'enverrez-vous dormir dans la rue, blessée comme je le suis?

—Blessée?

—Oui, voyez comme votre Malek m'a arrangée.

Elle ouvrit ses voiles, car elle était encore vêtue en odalisque, et nous montra, sans vaine pudeur, sa poitrine sillonnée d'une égratignure peu profonde.

—Où en serais-je, s'écria-t-elle, si j'avais manqué de présence d'esprit! Il m'eût poignardée, ce tigre! mais je me suis esquivée à temps, et c'est bien à temps aussi que la révolte est venue me délivrer de lui. Je la bénis, moi, la révolte!

Je m'abstins de lui répondre qu'elle nous coûtait un sang plus précieux que le sien, mais j'hésitai à lui accorder l'hospitalité.

—Pour le coup, reprit-elle, je ne vous reconnais plus. Vous, le plus généreux, le plus aimable colonel de l'armée, le plus riche en même temps que le plus beau...