Je savais que ma richesse m'embellissait beaucoup, et Sylvie prit mon sourire d'ironie pour un témoignage de gratitude.
—Je reste! s'écria-t-elle.
—Non, repris-je, vous reviendrez plus tard, si vous voulez; mais il y a ici une personne que vous n'appréciez pas autant qu'elle le mérite, et à qui j'ai dû offrir un asile avant que vous me fissiez l'honneur de me demander le même service.
—Mademoiselle de Cérignan? Je ne lui en veux pas, moi! Elle n'est pas coquette, elle ne se soucie pas de vous, elle ne sera pas jalouse de moi.
En ce moment, Louis entrait en sautillant. Je le pris à part pour lui demander des nouvelles d'Olympe.
—Elle va mieux, dit-il, et elle veut s'en aller. Fais-la donc rester. Nous n'avons plus de maison, pas d'argent, et je me plais bien ici. Ta petite esclave est si drôle, avec tous ses colliers! Elle ressemble à la châsse de Sainte-Geneviève, et je ris, rien qu'à la regarder. Et puis, madame Sylvie est bien aimable, elle m'a bourré de confitures. Et le peintre Morin sait un tas de drôleries. Je m'amuserai bien mieux avec vous tous qu'avec ma gouvernante toute seule.
—Va la prier de me recevoir, et je lui ferai part de tes désirs.
Olympe était encore très-pâle, mais moins abattue.
Je commençai par lui dire que sa maison ayant été effondrée par les boulets, ce qui était la vérité, et la ville n'étant pas encore bien apaisée, il y aurait imprudence de sa part à vouloir chercher une autre demeure que la mienne.
—Vous n'y songez pas, colonel! Je ne suis ni votre sœur, ni votre parente pour braver les commentaires que l'on ferait sur notre intimité, et, d'ailleurs, cela pourrait paraître étrange à mademoiselle Sylvie qui va être, m'a-t-elle dit, la maîtresse de la maison.