«Nous tenons ces détails, ajoute-t-il, d'un juge sévère et délicat, qu'aucune prévention de cour n'aveugle jamais sur rien [1705].»
Pour l'artiste, c'était un triomphe; pour la souveraine, une imprudence. Si petit que fût le nombre des spectateurs, le bruit d'une pareille représentation dépassa vite les bornes de l'étroite enceinte où elle était renfermée, et il devait paraître étrange de voir un prince du sang lancer,—le fît-il avec talent,—sur le théâtre particulier de la Reine, ces vives ironies de Figaro, qui n'étaient, sous une forme plus gaie, que l'éternelle et envieuse protestation de tout ce qui est petit contre ce qui est grand.
Était-ce donc, de la part de Marie-Antoinette, fantaisie irréfléchie, entraînement du plaisir, vanité d'artiste, simple entêtement féminin?
Nous croyons qu'il y eut plus et mieux que cela.
Peut-être cette entreprise, née d'une pensée de bienveillance et de réparation,—c'est l'opinion de Grimm,—pour un auteur injurieusement traité, poursuivie d'abord par l'attrait d'un divertissement aimé, ne fut-elle poussée jusqu'au bout que dans un sentiment délicat de respect de soi-même. Peut-être la Reine craignit-elle que, si elle renonçait à un projet préparé et annoncé à l'avance, elle ne parût plus émue qu'il ne convenait à son honneur et à sa dignité du grave événement qui mettait le palais en rumeur et que la méchanceté populaire était prête à exploiter contre elle. Quatre jours auparavant, en effet, un violent coup de tonnerre avait éclaté dans ce ciel de Versailles, qui, depuis quelque temps, se chargeait de tant de nuages.
On était en plein procès du Collier.